Vivre, c’est se risquer

Vivre, c’est risquer. Se risquer. La situation actuelle nous le montre amplement, demeurer dans la sécurité du confinement ne préserve qu’une part de nous-mêmes. S’en contenter nous condamnerait à mort. Vivre, en humain, c’est prendre le risque de l’autre.
Vivre, c’est être confronté à l’existence de l’autre.
Dès la naissance : distinguer entre ce qui est soi et ce qui est étranger à soi, premier secret qui nous fonde. Intérioriser cette rupture, jusqu’au tréfonds de notre chair, voilà ce qui institue notre vie comme humaine. Et rien n’est gagné jamais à l’avance, il est des fois où ça échoue. Mettre au monde, transmettre la vie c’est prendre ce risque.

Plus tard, vivre passe par le risque d’être évincé. On ne peut vraiment être reconnu par les autres que si l’on prend le risque de n’être pas accueilli. On ne peut être aimé que si l’on accepte le risque de ne pas l’être1. On ne peut aimer que si l’on prend le risque du non-retour2.
Vivre, c’est se risquer à la découverte d’un réel qui nous précède. Qui nous est étranger. L’apprivoiser, c’est en tapisser les murs de mots mis à notre disposition3. Nous mettons le réel en récit, ça s’appelle l’histoire. Nous mettons notre histoire en histoires, ça s’appelle la mémoire. Parole et poésie sont nos seuls bagages pour nous lancer à l’aventure de la vie. Vivre, c’est se risquer à affronter le réel à mots nus.
Croire, c’est entendre que la vie a son autre. Derrière l’histoire, un Autre se tient. Qui ne la domine pas mais s’y abandonne, qui ne la régit pas mais l’épouse. Croire c’est se risquer à s’abandonner au Dieu qui s’abandonne au monde. Et se risquer à cette confiance, c’est se risquer à vivre.

Didier Fievet

1 C’est ainsi que je comprends ce verset : « Qui veut sauver sa vie la perd ». (Mc 8:35)
2 C’est la dynamique du geste créateur : porter au langage un monde qui ne revient pas à son créateur. C’est le sens du mot grâce : don gratuit. (Cf. Jean 1: 16 Nous, en effet, de sa plénitude nous avons tous reçu -été grâce pour grâce- car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Par exemple.)
3 Cf le livre de Job. On ne peut le citer ici en entier. Job est pris d’une maladie repoussante et douloureuse, sans raison. C’est un réel qui s’impose à lui, sans répit, dans sa chair. Ses amis théologiens vont tenter de trouver une raison à ce réel. C’est leur façon à eux de l’apprivoiser. Job, tient bon. Saine et sainte révolte : il refuse toutes leurs allégations culpabilisantes. Il en appelle à Dieu : descends ! Rends-nous compte du malheur qui me touche !
La réponse est qu’il n’y a pas de réponse. Mais Dieu est descendu, Dieu a fait lui-même face à l’absurdité diabolique qui touche Job. Il lui donne les mots qui permettent à Job de sortir de la malédiction qui le tient prisonnier (c’est Satan qui dans le récit est censé envoyer sa maladie à Job). Lisez-le !

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