Pour l’humour de Dieu !

      C’est le titre d’un colloque qui à St Jacut de la mer a réuni environ cent trente personnes (jauge Covid obligeant à une géométrie baissière) du Vendredi au Dimanche midi. Depuis dix ans, ce dernier week-end de Janvier est consacré à une rencontre inter-religieuse, puis inter-convictionnelle qui va bien au-delà de la simple juxtaposition des horizons spirituels des uns et des autres, tout en évitant le double piège d’une dilution syncrétiste ou d’un front commun des religions en péril ! Les invités ? Toute personne qui souhaite entendre, et peut-être affirmer, que les différences de croyance, d’opinion, de question, de doute, de foi ne sont pas seulement des sujets d’affrontement. Mais qu’elles peuvent devenir le lieu de rencontres pacifiées et même fraternelles, pleines de promesses pour le monde qui vient. Étaient présents des agnostiques, des athées, des bouddhistes, des chrétiens catholiques et protestants réformés, des juifs, des musulmans… par ordre alphabétique !

      Le cadre, bien sûr est magnifique, sans doute pas étranger à la réussite de l’événement. Sans parler de l’accueil, tout simplement irréprochable, associant attention à l’autre, plaisir de bien vivre et une certaine sobriété bienvenue. Il faut ici remercier toute l’équipe de l’Abbaye.

      Un rituel d’entrée en Shabbat conduit par la Rabbine Floriane Chinski nous a tous réunis, dans une attitude d’accueil de la spiritualité de l’autre. Ni obligation à se fondre, ni posture de voyeur, juste prendre conscience de ce qui illumine l’âme de l’autre et dont l’accueil détermine guerre ou paix. Shabbat shalom ! Possibilité d’accéder, modestement, aux racines de ce qui fait foi pour nous chrétiens protestants…

      Le lendemain matin deux tables rondes ont permis à tous les courants présents de s’interroger sur les rapports entre l’humour et la religion. Dieu est-il drôle ? N’aurions-nous le droit de rire que sous autorisation divine ? Prendre la vérité au sérieux, ou la façon dont on la perçoit ? Se prendre au sérieux ? Comment conjuguer sacralité et humour ? Car, ça fait tellement de bien quand les crispations identitaires se détendent…

      Certes, on n n’a jamais vu un fusil rire ! Mais s’il y a des rires subversifs qui sont bienvenus pour abolir l’injustice, il y a aussi des rires qui tuent plus sûrement qu’un fusil. L’humour a-t-il de l’humour sur lui-même ? Peut-on pour autant censurer l’humour des uns, s’autocensurer, tomber dans un moralement ou politiquement correct qui ne fait que refouler la haine… c’est-à-dire à préparer sa résurgence future !

      Ces questions n’ont certes pas été résolues. Elles ont été affrontées. Ensemble. Ce n’est pas l’aboutissement qui importe, c’est le chemin commun. Chemin d’une humanité errante, en quête, en attente d’altérité. Or, il n’y a de place pour l’altérité que si elle peut à tout moment altérer notre vérité préconçue. Se dire croyant, pour un chrétien, c’est d’abord dire que Dieu n’est Dieu que parce qu’il est Autre que ce que l’on croit. Ainsi son nom, impossible à dire et à écrire d’une même voix, grandiose héritage du judaïsme. Ainsi le Christ que nous croyons tenir, mais qu’on ne parvient pas à faire tenir en un seul récit. Ainsi le Christ qu’on croit être derrière nous et qui s’annonce toujours comme celui qui vient !

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