Le péché, une erreur de visée

D’après Romains 7 :21-23, soit : Ainsi, je découvre cette règle pour moi qui veut faire le bien : c’est le mal qui est à ma portée. Car au fond de moi-même, la loi de Dieu me plaît. Mais dans la réalité de ma condition humaine je trouve une autre loi qui lutte contre mon intelligence intérieure, et me rend prisonnier ; c’est la loi du péché qui habite toute ma personne. Ça me rend tellement malheureux ! Qui me délivrera de cette condition ?

On connaît mon usage immodéré des gros-mots. En ces temps de semaine dite sainte, il en est un qui revient avec force. Qui plane sur toutes les consciences, qui hante tous les inconscients, jusque dans le langage commun… Vous avez deviné ? Mais, pu…rée ! le gros mot par excellence : péché ! Récurrent même dans les discours les plus dénonciateurs d’un christianisme rabat-joie. Je devrais dire « surtout » dans ces diatribes accusatrices. Car, puisqu’il faut bien trouver un coupable, autant que ce soit le christianisme. Mais coupable de quoi ? D’une faute de toujours, d’une frustration de toujours ? Un péché, dit originel ?

Mais, à juste droit, je refuse de porter la faute d’une hypothétique aïeule qui aurait mangé une pomme abîmée. Et qui en plus avait une excuse, Monsanto n’ayant pas encore eu le temps d’en trafiquer le génome ! Mais, alors, de quoi serais-je donc coupable ? Qu’est-ce qui me devance et fait que ça rate, dans ma vie ?

Je ne parle donc pas de faute morale. Péché, dans la Bible signifie erreur de visée. Le péché, c’est un raté dans mon moteur de vie. Les nostalgiques de la deu-deuche (la 2 Chevaux Citroën pour les québécois) savent de quoi je veux parler. Ça tourne, ça roule, mais de-ci de-là ça semble s’enrayer. Comme si ça avait envie de tourner et de s’arrêter en même temps. Bref, c’est un miracle si ça avance. Sisyphe n’est jamais loin !
Si le péché ne désigne pas une faute morale mais une erreur de visée, qu’est-ce à dire ? Eh bien par exemple, je vise le bien. Je voudrais arriver à faire le bien. Et c’est là que je pèche le plus : je ne vise pas là où je crois ! Ou plutôt je vise là où je crois vraiment : je ne crois qu’en moi. Ce que je vise en réalité, derrière mes efforts désespérés, c’est un contentement de moi. Tout part de moi. Tout revient à moi. L’infaillibilité morale, c’est le péché par excellence, le « je » (je veux bien faire) toujours prisonnier du « moi » (je fais bien, moi). Oh ! Bien sûr, on répondra qu’étant très loin de l’impeccabilité, on a bien du chemin à faire avant d’en arriver là. Et que c’est déjà pas mal, si ça nous permet de nous améliorer un peu, de changer un peu le monde. D’être un peu moins égoïste, même si ça l’est toujours plus ou moins. C’est vrai. C’est déjà pas mal ?

C’est vrai, c’est déjà pas mal… Mais alors que devient la vie ? Une course dont je ne franchis jamais la ligne d’arrivée. Une course où je m’épuise jusqu’à la descente fatale. Un moteur de 2CV Citroën qui espère le sommet de la côte avant de pouvoir tester les freins sur une pente sans fin… (expérience déconseillée). Et que serait le salut ? Une voie d’arrêt d’urgence qui, du crash final, ferait de moi un survivant. La vie ne serait que mise à l’épreuve. La liberté ne serait qu’un impossible choix entre un moi avide de vivre et un moi sacrifié. Qui suis-je ?
C’est vrai, c’est déjà pas mal… Quoiqu’être aimé pour que l’autre ait la satisfaction d’avoir bien agi, est-ce encore être aimé ? Peut-on aimer sur commandement ?
C’est là que l’Évangile entre en jeu. Bonne nouvelle qui dit : « tu n’as plus besoin de vouloir être quelqu’un de bien. Car même si tu avais tout raté, il restera toujours une parole pour toi pour te donner une identité et une dignité que tu n’as pas à gagner ni à mériter. Lâche-toi, fais confiance en cette parole première ». La vie en serait changée. Il n’y aurait plus de côte à gravir, ni de crainte de l’autre versant. Il n’y aurait plus que plaisir du vagabondage, accueil de l’autre pour rien… Rien à payer. Rien à prouver. Gratuité d’un « pour rien » premier. Jamais acquis, toujours offert.

Didier Fievet 

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