Une première leçon à tirer de la pandémie actuelle

Le temps s’est suffisamment écoulé depuis le début de la pandémie pour que je puisse me lancer dans une audacieuse rétrospective sur ce que nous avons vécu durant ces semaines et ces mois. Je commence par mettre en valeur un mot qui me semble avoir pris une couleur et une ampleur très fortes durant cette période, celui de solidarité. La pratique concrète qui a conduit bon nombre d’êtres humains à agir a montré clairement que c’était cela qu’il nous fallait mettre en application tout au long de cette épreuve mondiale. Et il fallait vivre cette solidarité tout particulièrement en faveur des personnes vivant à la marge de la société contemporaine.

En élargissant le regard à la dimension universelle, je crois que la leçon à tirer est que la solidarité envers les sociétés les plus fragiles de notre terre habitée devra être développée en faveur d’une organisation solidaire en termes de santé publique : encore aujourd’hui, bon nombre de pays n’ont pas les moyens suffisants pour mener des actions efficaces dans le domaine sanitaire. L’organisation mondiale de la santé devra ainsi être repensée et redéveloppée avec de nouveaux moyens, ce qui suppose que les attitudes désinvoltes développées par certains dirigeants de pays développés puissent être vivement contestées, y compris par les citoyens de leur propre pays ! Il nous faudra aussi veiller à ce que les éventuels traitements soient désormais accessibles à tous les êtres humains ; nul doute que ce sera un rude et difficile combat à mener avec persévérance.. ;

Il faudra, encore en tant que citoyens, veiller à l’amélioration de l’habitat, car beaucoup de personnes défavorisées en vécu dans des conditions précaires telles que la pandémie a été encore plus difficile à supporter. Et il faudra veiller à améliorer la vie des personnes sans domicile fixe ; je me rappelle cette forte impression vieille de quarante ans et liée à une insertion dans le foyer d’accueil proche du port de commerce à Brest : un foyer délabré accueillant des êtres humains fragiles dans des conditions de promiscuité qui favorisait les contaminations réciproques ; imaginez-en le résultat concret en période d’épidémie !

Mais surtout, il nous faudra, nous chrétiens, remettre sur le métier de notre réflexion spirituelle et théologique l’écheveau d’une nouvelle compréhension chrétienne de l’éthique en en articulant la dimension personnelle avec la dimension communautaire de l’Église comprise comme corps du Christ ainsi qu’avec la dimension sociale et politique ; car ce n’est que quand elles sont comprises dans une dynamique distincte et pourtant articulée l’une avec l’autre que ces quatre dimensions personnelle, communautaire, sociale et politique correspondent davantage à la grandeur de l’œuvre de Dieu en faveur des êtres humains. Nous aurons donc sans doute à prendre en considération ce fondement chrétien de l’éthique pour donner à nouveau son sens à la nécessaire réalité de la solidarité dont nous avons vu tant d’exemples en regardant d’un peu près ce qu’il s’est passé durant tout ce temps de la pandémie, pendant ces six derniers mois, maintenant que nous savons qu’elle a sans doute commencé avec les jeux mondiaux militaires à Wuhan en octobre 2019…

J’ai dit et je répète que ce sera à nous, chrétiens, d’accomplir cette tâche, car c’est à nous qu’il appartient de percevoir clairement la dimension mondiale de cette nécessaire solidarité mais nous devrons aussi communiquer cette conviction à tous les êtres de bonne volonté qui, sans avoir les mêmes convictions chrétiennes, peuvent nous rejoindre sur cette perception de l’utilité de voir la dimension mondiale de ce renouveau de la solidarité être concrètement mise en œuvre  : associés les uns aux autres dans une action solidaire, c’est-à-dire diversifiée, nous contribuerons à ce que notre temps traduise davantage en actes concrets ces idéaux de paix et de justice dont nous parlent tant les livres de la Bible. Nous aurons ainsi à montrer que les deux dimensions constitutives de l’Évangile, la dimension verticale et la dimension horizontale, ne s’opposent pas mais se complètent l’une l’autre et qu’elles sont dont toutes les deux nécessaires, comme le sont les deux commandements (voir Matthieu 22, 34 à 40). C’est ainsi la grâce de Dieu qui nous rend capables de percevoir cette égale attention portée aux deux dimensions constitutives de la vie en Christ : la relation confiante et aimante avec Dieu son Père et notre Père et celle avec nos frères et sœurs en humanité, comme avec nos frères et sœurs en Christ. Oui, vivons plus largement notre vocation de chrétiens dans la relation filiale et fraternelle !

Et de ce fait, recevez mes salutations fraternelles, puisqu’en Christ nous sommes bien frères et sœurs, unis par le même Esprit !

Yves NOYER

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