Quiconque voudra sauver sa vie la perdra

Disons-le en un mot : la mort de Jésus, c’est la mise à mort de tous les dieux qui réclament des sacrifices. Parce que Dieu a pris la place des sacrifiés. Voilà, ce que je crois ! Et j’avoue que c’est même le fond de ce que je crois.
Les dieux qui appellent au sacrifice sont légion. Ils ont pour nom réussite, quel que soit l’adjectif qu’on lui accole : matérielle, professionnelle, affective, sexuelle, familiale, intellectuelle, sportive, esthétique, religieuse et même spirituelle. Heureusement, nous ne sommes pas des intégristes : on meurt de mort lente1… Tant mieux, parce que vous savez, la mort, c’est létal !

Mais dans cet entre-deux, entre vivoter et se sacrifier, repose la mauvaise conscience. Qu’on traite comme on peut. Dans la religion, ou à l’apéro en affichant un cynisme désespéré ou en chantant les louanges de champions jusqu’au-boutistes. Mais le goût demeure amer2. La religion appelle à toujours un peu plus de sacrifice. Le cynisme sacrifie nos idéaux sur l’autel du réalisme. Et les champions immolent nos rêves sur écran.
Quiconque voudra sauver sa vie la perdra3. Ce n’est pas une menace, c’est un constat : à vouloir donner de la valeur à son existence, il faut en payer le prix. Dure loi de la nature.
La suite, « quiconque la perd à cause de moi ou de la bonne nouvelle la sauvera », est souvent comprise comme la promesse d’un paradis réservé à ceux qui se seront sacrifiés, assez, ici-bas. C’est mal lire le texte, car ce n’est pas une vie après la vie qui est visée4. Mais bien celle-ci, ici et maintenant, qui est à sauver de l’économie de la rentabilité. Évidemment, l’entreprise serait perdue d’avance, s’il fallait payer, faire quelque chose pour y parvenir. Ce serait retour à la case départ ! L’Évangile dit seulement que c’est donné à quiconque veut bien y croire.

Didier Fievet

1 Prudente, mais terrible chanson de Brassens
2 Et ce n’est celui du bitter !
3 Marc 8:35  » Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. »
4 Ὃς γὰρ ἂν θέλῃ τὴν ψυχὴν αὐτοῦ σῶσαι, ἀπολέσει αὐτήν: ὃς δ’ ἂν ἀπολέσῃ τὴν ἑαυτοῦ ψυχὴν ἕνεκεν ἐμοῦ καὶ τοῦ εὐαγγελίου, οὗτος σώσει αὐτήν. Ce mot αὐτήν, renvoie à ψυχὴν , la vie à sauver ou à perdre, ici. Maintenant. D’ailleurs les puristes devraient traduire par « qui veut sauver son âme la perdra… » Ψυχή signifie en premier sens, âme. Mais c’est chez les grecs !

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