Pouvoir ou pouvoir ?

Et si on mangeait grec ? En ces temps de fermeture des restaurants et de printemps tardif (du moins, ici au Québec), un peu d’exotisme et de soleil dans l’assiette ! Choix entre deux sauces : kratos ou dunamis ? La traduction française du menu donne… pouvoir ou pouvoir ! Allez donc vous faire voir chez les grecs !

Dieu peut tout. Règne sur tout. Dirige tout. Voit tout. Connaît le secret de tout (et de tous !). A pouvoir sur tout. Ça s’appelle une théocratie. Sauce kratos. Le monde et son histoire sont le fruit de ses caprices, et nos vies soumises à son bon plaisir. Ce Dieu-là est un dictateur qui a vraiment réussi : ses objets (on ne saurait parler de sujets, tant il les sacrifie à son pouvoir) en redemandent. La chrétienté, dans la macération culpabilisante et la soumission servile qu’elle prêche trop souvent. Et les religions athées, dans les génuflexions devant la déesse économie ou la mère-nature qu’elles imposent. Ces deux puissances ayant le pouvoir de nous tuer ou de nous faire vivre, selon le culte qu’on leur rendrait. Sauce kratos. Traduction : dictature.
Dieu peut tout : déchirer l’espace des sacrés pour que paraisse un trône vide1, renverser les étals du marchandage religieux2 pour qu’advienne l’éclair d’une gratuité, briser les confinements moraux pour que naisse une solidarité3, casser les jugements lapidaires4 d’une parole. Sauce dunamis. Dieu peut d’humains qui se croient obligés de réussir leur vie en la payant du prix de la vie, faire des enfants de la grâce.
Dieu peut tout, parce que Dieu perd tout.
Il fait de la place, en lui et dans le monde, pour ouvrir l’espace d’un chemin, d’une adresse : deviens ! Identité gratuite, reçue, libérée des dieux, sauce dunamis. Traduction : liberté.
Dieu tout-puissant ? Tout le secret est dans la sauce !5

Didier Fievet

1 A la mort de Jésus, le rideau du temple qui délimite le « sacré des sacrés » se déchire. Derrière apparait un trône, censé être celui de Dieu. Vide. (Matthieu 27 : 51 ; Marc 15 :38 ; Luc 23 : 45 ) Le trône vide, géniale trouvaille de la foi juive, symbolise un Dieu qui s’absente, qui se vide de lui-même, pour ouvrir l’espace de l’histoire …
2 Jésus se met en colère contre l’économie religieuse. (Matthieu 21 :12-13 ; Marc 11 : 15-17 ; Luc 19 :45-46 ; Jean 2 : 17 )
3 Jésus se met à table avec tout le monde, en particulier les mal-aimés ( Matthieu 9 :9-13, 21 : 31, Marc 2 : 15-17, Luc 5:27-32)
4 Jésus s’adresse à une femme sur le point d’être lapidée : « Je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus. » C’est-à-dire : va et ne te replace plus sous des dieux tueurs. (Jean 8 : 1-12)
5 Réplique fameuse d’un film « Beignets de tomates vertes » que je vous recommande.

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