Post-paschum blues…

Grisaille et pluie sur Montréal. Pâques aurait-il des relents de gueule de bois ?
Overdose d’Alléluia ? Peut-être, mais il y a plus.
Pâques, objet fétiche que l’on agite pour se persuader soi-même. Pâques, clé de voûte d’un édifice idéologique, qui d’une pierre roulée devant un tombeau vide fait une certitude massive, brandie comme un mot de passe réservé, quand il n’est que reconduction des intuitions primitives : permanence du cycle du vivant.Un jour, au matin d’une tempête imprévue mais dont la soudaineté, la noirceur du ciel, la force du vent et la grosseur de la mer confirmaient la violence, j’ai pris la décision d’affronter le large pour épargner à mon tout petit voilier la proximité menaçante des hauts-fonds. Un port était pourtant là, à portée de main, sous le vent, mais cachant de méchants écueils sous ses airs accueillants. Le salut consistait à braver l’intuition première qui poussait à s’y réfugier et à prendre le risque de la haute mer. Même les goélands semblaient nous dire « non » du bout des ailes ! Mais c’est ainsi que j’ai ramené mon bateau et son équipage à bon port. En affrontant l’angoisse de la non-évidence.
J’éprouve, aujourd’hui, la même angoisse. Pâques, c’est le choix de la haute mer, menaçante. Paradoxalement salutaire. Et non un repli autour de formules assurées. Les paroles de réconfort toutes faites sont trompeuses. Cette phrase me hante : Si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité. Et la vérité vous rendra libres1. La vérité dont parle Jésus tient en une parole que nul de ses auditeurs ne comprend : ce n’est pas un concept, mais une expérience. Demeurer dans sa parole, c’est s’aventurer au large de soi-même. La vérité dont nous parlons ne consiste pas en un contenu, port répertorié sur la carte. C’est une découverte de haute mer.
Libres de quoi ? C’est dire, libérés de quoi, de qui ? De tout ce qui interdit l’aventure d’oser devenir, qui assigne l’âme à résidence, qui confine dans des tombeaux, aussi pieux soient-ils.
1 Évangile selon Jean chapitre 8, verset 32. À replacer dans son contexte, bien évidemment !

Didier Fievet

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