Ne soyons ni frustrés ni aigris

Ne soyons ni des frustrés ni des aigris mais bien plutôt des chrétiens en attente d’une Église revivifiée par le Saint-Esprit !

En ce lundi de Pâques, nous avons appris ce soir la prolongation du confinement et de la limitation drastique de la vie sociale, ceci ayant pour objectif de vaincre la pandémie. Le risque est si important de connaître une recrudescence du coronavirus (la Chine craint une actuelle nouvelle vague) que nous sommes appelés à une nouvelle prolongation de ce confinement. Mais le lundi 11 mai verra une diminution possible du confinement. D’ici à cette date probable, comment allons-nous vivre cette nouvelle période ?Nous sommes appelés à relever le défi d’une nouvelle manière de vivre la vie communautaire. Je me permets d’en évoquer différents aspects. D’abord, ce premier aspect : apprendre, grâce à Dietrich Bonhoeffer (mort il y a 75 ans, le 9 avril 1945, sur les ordres d’Adolf Hitler), que la vie communautaire n’est pas la seule dimension de la vie chrétienne. Nous avons ainsi à trouver un point d’équilibre entre la dimension communautaire et la vie solitaire : « Que celui qui ne peut pas être seul se garde de la vie communautaire… Mais l’inverse est aussi vrai : que celui qui ne se tient pas dans la communauté se garde de la solitude. » (De la vie communautaire, p. 69 et 70). Cette double affirmation est l’expression du paradoxe essentiel à la vie chrétienne, à savoir que nous sommes à la fois et successivement membres du corps du Christ et envoyés dans le monde en étant souvent seuls ! L’équilibre est donc essentiel pour une vie de foi équilibrée et solide tant au plan spirituel qu’au plan psychique.

Le deuxième élément constitutif de cette vie chrétienne est celui de l’écoute : de Dieu, en Christ d’abord, parce que c’est lui qui nous fait entendre la vraie parole de vie ; mais aussi de nos frères et sœurs en Christ ainsi que de nos frères et sœurs en humanité. Et cela ne doit pas être dans notre esprit une vue confuse et indistincte mais bien au contraire une vision claire et articulée, les deux cercles ne se confondant pas ni ne s’excluant l’un l’autre. Apprendre à écouter, c’est le programme de toute notre vie, afin que nous écoutions vraiment, c’est-à-dire non de manière superficielle et inattentive mais bien en profondeur et avec une attention soutenue. Permettez-moi de dire que la lecture brève de l’Écriture, aussi brève que possible, est une erreur majeure : pour recevoir la Parole vivante du Dieu vivant, il nous faut prendre le temps d’une lecture longue et suivie ; je prends une illustration concrète, celle qui consiste dans le sermon sur la montagne (Matthieu 5 à 7). Ce sont bien ces trois chapitres qui forment ensemble un tout ; regardez-en le début dans les versets 1 et 2 du chapitre cinq et la fin dans les versets 28 et 29 du chapitre sept et vous en serez persuadés ! Quand vous aurez lus lentement ces trois chapitres durant cette période favorable du confinement, vous comprendrez un peu mieux l’ensemble de ce sermon. Et si vous voulez franchir une étape supplémentaire, prenez le temps de voir comment ils sont partie prenante de l’évangile de Matthieu. Et puis, cherchez à lire ces textes dans un climat de prière, en demandant à Notre Père de nous envoyer la puissance de son Esprit pour recevoir de lui l’éclairage nécessaire.

Toujours dans le cadre de cette écoute structurante, vous pouvez aussi relire l’ensemble des chapitres consacrés à la Passion, par exemple les chapitres 14 et 15 de l’évangile de Marc et quand vous aurez fini, vous pourrez lire le chapitre 16 de ce même évangile qui vous donnera accès à cette proclamation concernant le Christ ressuscité. Et ici aussi, prenez le temps de les lire dans un climat de prière.

Enfin, je vous propose un troisième temps, celui de la nécessaire prière d’intercession, en acceptant un enjeu de taille, celui qui consiste à élargir notre prière, de nous-mêmes jusqu’à l’ensemble de la terre habitée : en ce temps de pandémie mondiale, cela sera sans doute bénéfique à une prise de conscience de la dimension universelle de l’Église et de l’homme nouveau (voir Éphésiens 2,15). Cela ne vous amènera pas à oublier vos frères et sœurs de l’Église locale, notre Église concrète, mais bien plutôt à prendre davantage conscience du fait que nous sommes bien membres d’une « foule immense que nul ne pouvait dénombrer » (Apocalypse 6, 9). Nous aurons ainsi la possibilité d’apprendre vraiment à prier, y compris « pour ceux qui vous persécutent » et pour ceux qui aujourd’hui sont sans voix, ne veulent plus ou ne peuvent plus prier ; c’est peut-être ainsi que nous saurons le mieux dire : Notre Père…

Et ainsi, même dans le confinement, nous croirons l’Église, parce que, dans notre esprit et notre cœur, elle sera vivifiée et sanctifiée par le Saint-Esprit. Et lorsque ces jours seront terminés, nous éprouverons avec d’autant plus de vigueur, de joie profonde et de gratitude « qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères, d’habiter ensemble ! » ( Psaume 133, 1). Peut-être pourrons-nous nous retrouver dès le dimanche 17 mai afin de mieux vivre dans la foi au Christ mort et ressuscité et au Saint-Esprit, la puissance de vie nouvelle.

Bien fraternellement à chacune et chacun.

Yves Noyer.

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