Méditation sur le psaume 91

Psaume 91

Celui qui habite au secret du Très-Haut repose à l’ombre du Puissant. 2Je dis au SEIGNEUR : Mon abri et ma forteresse, mon Dieu en qui je mets ma confiance ! 3Car c’est lui qui te délivre du filet de l’oiseleur, de la peste terrible. 4Il te couvrira de son plumage, tu trouveras un abri sous ses ailes ; sa loyauté est un grand bouclier et une cuirasse. 5Tu ne craindras ni la frayeur de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, 6ni la peste qui marche dans l’obscurité, ni l’épidémie qui frappe en plein midi. 7Que mille tombent à ton côté, dix mille à ta droite, rien ne t’atteindra ; 8tu regarderas seulement de tes yeux et tu verras la rétribution des méchants. 9Car tu es mon abri, SEIGNEUR ! — Tu fais du Très-Haut ton refuge. 10Aucun malheur ne t’arrivera, aucun fléau n’approchera de ta tente. 11Car il donnera pour toi des ordres à ses messagers pour te garder dans toutes tes voies ; 12ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. 13Tu marcheras sur le lion et sur la vipère, tu piétineras le jeune lion et le dragon. 14— Puisqu’il s’est épris de moi, je lui donnerai d’échapper ; je le protégerai, puisqu’il connaît mon nom. 15Il m’invoquera, et je lui répondrai ; je serai moi-même avec lui dans la détresse, je le délivrerai et le glorifierai. 16Je le rassasierai de la longueur des jours et lui ferai voir mon salut.

Dans les circonstances qui sont les nôtres aujourd’hui, où à cause d’une épidémie mondiale chacun est confiné chez soi, où presque toute l’activité sociale et économique est arrêtée, il est tentant de se réfugier dans un psaume comme celui-ci.

Quel beau psaume de confiance ! Qui place le croyant à l’abri de tout malheur, car il est sous la protection du Puissant, du Très Haut. Et, comme il indique clairement : « tu ne craindras ni la peste qui marche dans l’obscurité, ni l’épidémie qui frappe en plein midi », et bien nous voilà rassurés. En le trouvant cité ici ou là pour encourager les croyants à traverser cette épreuve, j’ai pourtant ressenti un certain malaise. Comme nous avons un peu de temps, je vous livre quelques unes de mes réflexions.

Tout d’abord, il faut souligner que ce psaume s’appuie sur une croyance en la rétribution : « tu verras la rétribution des méchants » (v.8). Le croyant est à l’abri, les méchants eux, reçoivent leur salaire. Cette conception de la vie est mise à mal quand le malheur s’abat arbitrairement, sur un enfant, sur un proche, sur nous-mêmes. Notre Dieu est-il un distributeur de bons points ? Je ne le crois pas. Et finalement, nous sommes tous « des méchants », et tous nous sommes appelés à la confiance. Je crois que l’Évangile nous annonce que, bien que méchants, nous sommes aimés. Sauvés et non pas punis. Parce que si le Très Haut est tout puissant, c’est en amour. La foi est-elle une forteresse qui m’isole des autres ? Je n’aspire pas à une vie où je peux observer, du haut de ma tour, les « mille qui tombent à mon coté, les dix-mille qui tombent à ma droite »…

La foi à laquelle nous sommes appelés est un pont jeté entre moi et les autres. Dans la période de confinement contraint que nous vivons, ne sentons-nous pas la nécessité des liens que nous tissons avec les autres ? Que si je m’astreint à l’isolement ça n’est pas seulement pour me mettre à l’abri, et régner seul sur un monde dévasté, mais pour protéger les autres, dans une solidarité inédite où chacun chez soi nous sommes néanmoins tous ensemble.

Enfin, et je termine par ce qui m’a d’abord fait réagir, ces versets ne vous disent-ils pas quelque chose : « Car il donnera pour toi des ordres à ses messagers pour te garder dans toutes tes voies ; ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » (v.11 et 12) ? Ce sont ceux qui sont cités par le Satan, lorsque Jésus est tenté, au désert, en quarantaine si j’ose dire.

Luc 4, 1-13

1Jésus, rempli d’Esprit saint, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit au désert, 2où il fut mis à l’épreuve par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent achevés, il eut faim. 3Alors le diable lui dit : Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre de devenir du pain. 4Jésus lui répondit : Il est écrit : L’être humain ne vivra pas de pain seulement. 5Le diable le conduisit plus haut, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre habitée 6et lui dit : Je te donnerai toute l’autorité et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été livrée, et je la donne à qui je veux. 7Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. 8Jésus lui répondit : Il est écrit : C’est devant le Seigneur, ton Dieu, que tu te prosterneras, et c’est à lui seul que tu rendras un culte. 9Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; 10car il est écrit : Il donnera à ses anges des ordres à ton sujet, afin qu’ils te gardent ; 11et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. 12Jésus lui répondit : Il est dit : Tu ne provoqueras pas le Seigneur, ton Dieu. 13Après avoir achevé de le mettre à l’épreuve, le diable s’éloigna de lui pour un temps.

Quelle est la tentation à laquelle Jésus fait face dans cette histoire ? Ce n’est apparemment ni la faim ni l’isolement. Jésus traverse un temps de désert, une quarantaine, mais ce qui fait tentation, c’est le recours à l’Écriture. Et sur ce point le Satan est habile, qui cite abondamment des versets choisis pour encourager une foi-remède miracle. Une foi qui comble nos besoins de sécurité, nos envies de pouvoir et nos peurs de manquer. Une foi qui serait réponse à toutes nos questions. Une foi arrogante qui ferait de Dieu le grand flatteur de nos égos.

Jésus résiste à cela. La Parole de Dieu n’est pas cela, au contraire elle ouvre, elle questionne, elle brûle. Et si l’on veut se faire disciples de celui qui en est l’incarnation, elle nous encourage bien plutôt au partage du pain, au service des plus petits, à l’humble respect d’une vie reçue et donnée. Une vie qui a du prix aux yeux de Dieu.

Alors, si nous relisons les paroles du psalmiste, que ce soit pour « habiter au secret du Très Haut », dans un dialogue et un cœur à cœur inlassable avec celui qui se fait proche de nous dans l’épreuve. Que cette confiance, que cette assurance, nous donne de l’élan pour traverser le désert, reliés les uns aux autres, en Jésus-Christ.

Frères et sœurs, que Dieu nous bénisse et nous garde.

Pasteure Eléonore Léveillé

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