Dieu est un inattendu

Il est mort, il est ressuscité, rien de ben nouveau là d’dans…, réplique du garde dans le film Jésus de Montréal1. Et c’est vrai, Pâques n’est qu’un conte dépassé pour bien des gens. « Il est ressuscité ? Même pas vrai. Et puis, la belle affaire ! Nous, on meurt toujours ! » Jésus et sa philosophie de l’amour demeurent d’actualité, mais le reste… Le reste ? c’est ce qui reste à la secte plus ou moins finissante de ceux qui vont à l’église. On comprend cette réticence : Pâques, évidence massive, a tellement servi à soumettre les consciences et les corps.

Ce que, peut-être, il faudrait tenir, c’est que la résurrection n’est pas un fait objectif qui force à croire. D’ailleurs nul ne l’a jamais vue. Ça reste un point borgne2.
La résurrection c’est la naissance d’une nouvelle conscience de soi et du monde. C’est la nouveauté de ce que je crois quand tout ce que je croyais avant est mort. Entre les deux, la mise à mort de Dieu. Et ce qui demeure de lui : un Dieu vidé de lui-même. Même les athées ont un dieu, celui qu’ils refusent, ou dont ils refusent l’idée. La résurrection, c’est ce qui reste quand tous ces dieux-là sont morts. Quel Dieu vit encore ?
Nul ne peut en décider. Ni pour lui, ni pour les autres. C’est un inattendu, qui ouvre des perspectives, à proprement parler, inouïes. C’est une soustraction à ce que l’on croit. Le tombeau est vide. Cela n’a rien d’ésotérique, comme une illumination réservée aux plus shootés d’entre nous. C’est la lecture soigneuse du texte qui fait métaphore, poétique qui recompose le monde. Quand je dis « soigneuse », je veux dire qui est attentive jusqu’à la lettre. Pas pour sombrer dans un littéralisme religieux, bien sûr, mais parce qu’une symphonie est d’abord faite de notes et de silences. La liberté de l’interprétation nécessaire, indispensable, requise procède de cette attention.
Apprendre à lire : travailler les textes, jusqu’à ce qu’ils nous travaillent. Une invitation.

Didier Fievet

1 Jésus de Montréal est un film réalisé par Denys Arcand avec Lothaire Bluteau, Catherine Wilkening. Inspiré de l’évangile selon Marc, il donne une belle actualisation du texte, dans sa dimension existentielle, entre se barricader dans le religieux, ou se risquer à vivre. À voir.
2 Luc 24 : 22-24 « Pourtant, quelques femmes de notre groupe nous ont beaucoup étonnés. Ce matin, très tôt, elles sont allées à la tombe. Elles n’ont pas trouvé le corps de Jésus et elles sont revenues nous dire : “Des anges se sont montrés à nous. Ils nous ont dit : Jésus est vivant ! ” Quelques-uns de notre groupe sont allés à la tombe, eux aussi. Ils ont trouvé tout comme les femmes l’avaient dit, mais Jésus, ils ne l’ont pas vu ! « 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *