Culte du 17 mai 2020 – Un autre Paraclet ? (Jn 14)

La version audio du culte du 17 mai 2020 est disponible. Cliquez pour écouter

Bienvenue ! Bienvenue à vous, de passage ou habitués. Depuis la fin officielle du confinement, nos portes se sont entrouvertes. Ce n’est pas encore la grande liberté, mais au moins nous pouvons ouvrir la porte, et sortir. Nous ne pouvons pas encore nous réunir pour nos temps de culte, ceci dit : les portes de nos temples sont toujours fermées.
Ce matin, ce n’est pas grave. Nous pouvons ouvrir autre chose. Les yeux. Le coeur. L’intelligence. Ouvrir ensemble un livre, et y rechercher la trace d’une nouvelle qui a bouleversé le monde. On cherche encore comment la dire, on n’a pas forcément les mots, ou parfois nous n’osons pas les utiliser. Ce matin, ce n’est pas grave. Laissons-nous porter par les mots, et voyons où ils nous portent.

Écoutons ces paroles de Jésus le Christ, telles qu’elles nous sont rapportées dans l’évangile selon Jean (Jn 14,15-21) :

15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. 16 Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours, 17 l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous. 18 Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. 19 Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. 20 En ce jour-là, vous saurez que, moi, je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous. 21 Celui qui m’aime, c’est celui qui a mes commandements et qui les garde. Or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. (Jn 14,15-21)

Dieu est-il derrière – ou devant ? On se figure parfois Dieu comme un vieillard grognon qui regarde par-dessus notre épaule pour s’assurer que nous faisons bien tout ce qu’il veut de nous. Un Dieu que nous ne voyons pas, mais qui nous tient sous son regard pour s’assurer que nous n’allons pas trop loin, et pas dans la mauvaise direction. Un Dieu qui se tiendrait derrière nous et nous laisserait nous débrouiller pour marcher seuls en s’attendant à chaque instant à nos erreurs, erreurs de marche, erreurs de jugement. Un Dieu qui aurait posé une fois pour toutes une loi qui nous retiendrait de faire trop de bêtises, qui nous tirerait en arrière quand on s’approche trop près du gouffre, et qui a la nostalgie d’un âge où la terre était plate, où la science n’avait pas son mot à dire, où le progrès et les découvertes scientifiques seraient superflues. Dieu est-il derrière ?
Ou Dieu est-il devant ? Est-il devant, à nous attendre, prêt à nous accompagner, toujours un pas en avant, sur un chemin nouveau ? Ce Dieu-là ne chercherait pas à nous retenir, mais au contraire à nous encourager à avancer. Il nous attendrait avec dans les yeux des rêves de justice, d’amour, de paix, de compassion et de joie, prêt à se réjouir avec nous de les voir éclore dans ce monde. Ce serait le Dieu qui attire le peuple hébreu hors d’Égypte pour les envoyer en terre inconnue, ce serait le Dieu qui attend les pèlerins sur le chemin d’Emmaüs. Le Dieu qui nous attend, et qui nous espère, qui ne se contente pas de ce que nous sommes mais nous espère toujours plus vivants, source d’une vie renouvelée et encore inimaginable pour ce monde.
Comment vivons-nous notre foi ? Sous le regard d’un Dieu derrière nous, ou espérés par un Dieu qui nous précède, devant nous ?
Au fond, c’est bien à cette question que ce texte répond aujourd’hui. Sauf que, comme d’habitude avec les textes bibliques, il répond, mais il répond à côté, de guingois, par surprise ! et que la réponse qu’il nous donne n’est sans doute pas celle que nous attendions. Dans ce texte, la question « Dieu devant ou Dieu derrière » est renversée. Il s’agit de penser selon un autre axe : pas devant ou derrière, mais là-haut ou ici-bas.
Ce qui fait le lien entre là-haut et ici-bas, ce ciel où Jésus a disparu à l’Ascension et notre monde à nous, c’est l’Esprit, l’Esprit de la vérité, le consolateur. Celui qui nous est donné, sans l’avoir mérité.
Cet esprit, nous en avons besoin, pas pour devenir omniscients, pas pour faire tous les miracles, pour guérir toutes les maladies, pour faire rentrer le monde dans le rang. Mais pour parler toutes les langues, des langues qui ne nous appartiennent pas, que nous ne connaissons pas et, sans trop savoir comment, pour dire quelque chose qui nous dépasse et nous rend joyeux. Alors c’est vrai, nous continuons à avoir une vie qui zigzague, nous avons l’impression que nous marchons à côté d’un chemin qui nous serait tout tracé ; mais ça n’a plus tellement d’importance. Nous avons reçu le don de Dieu, qui fait que même si nous n’en sommes pas dignes, nous avons été redressés, guéris, sauvés, par lui. Nous avons reçu du Christ cet esprit, pas à cause de ce que nous sommes, mais malgré ce que nous sommes, comme un cadeau qu’aucun de nous n’aurait mérité, mais qui nous est fait quand même. Rien ne peut nous séparer de ce cadeau : ni la santé ni la maladie, ni la guerre ni la paix, ni la prospérité ni la misère, ni la fidélité ni l’infidélité, ni la vie ni surtout la mort. Il n’y a rien à ajouter à ce cadeau. Il y a juste à en vivre. Tranquillement. Sereinement. En prenant pour argent comptant la promesse qui nous est faite que cet esprit, véritablement, nous fait vivre en communion avec Dieu, sans crainte. La promesse de Dieu est certaine, il ne changera pas d’avis. Et il nous fait confiance pour que sa parole s’aventure dans le monde.
Car c’est prendre un risque… Dieu prend le risque de nous donner un esprit.
Un esprit qui nous éveille. Qui nous bouscule. Un vent violent qui n’a pas besoin de portes ouvertes pour s’inviter chez nous. Il arrive malgré nos portes fermées.
Dieu nous donne un esprit qui nous surprend. Il ne nous donne pas de dire ce que nous savons déjà, ce que nous aurions soigneusement construit, réfléchi, mûri, et qui ne serait plus qu’à transmettre dans un langage à peu près cohérent à nos contemporains. Non : il nous donne de parler une langue autre que la nôtre… de dire des choses que nous ne comprenons pas nous mêmes. Plus de langage unique, plus de rêve d’une tour de Babel qui nous élèverait vers le ciel, mais une parole qui bouscule les meilleures intentions et les plus solides morales ! Plus de langage qui brosse le poil de l’homme dans le sens de son orgueil, mais une parole qui ouvre à une autre vérité.
Dieu nous donne un esprit qui nous plonge dans le monde. Il nous est donné pour être en relation avec d’autres. Pour engager une parole qui ne vient pas de nous, et qui est destinée à d’autres, qui passe par nous pour plonger dans le monde. Il vient à rebours de notre penchant naturel, qui est de viser vers le ciel. Lorsque nous pensons « Dieu », nous pensons à un être surnaturel, tout puissant et omniscient, qui attend quelque chose de nous pour pouvoir gagner un paradis céleste, hors du monde. Or le cadeau que Dieu nous fait ne nous tire pas vers le ciel, il nous plonge dans le monde, il nous ancre dans ce monde-ci ! Pas de petit nuage rose d’où nous pourrions juger tranquillement nos contemporains, pas de petit nuage rose d’où nous lancerions une parole souveraine, omnisciente, à un pauvre monde qui n’aurait rien compris. Non : nous sommes porteurs d’une parole qui se mêle au monde, qui parle la langue des
autres pour dire quelque chose que nous ne possédons pas.
Alors oui, c’est un esprit de puissance… mais il ne nous donne pas la puissance, il ne nous rend pas puissants… Il ne nous donne pas la connaissance ultime. Il ne nous donne qu’un joyeux tintamarre, un concert de voix discordantes, étranges, étrangères, que nous lançons dans le monde sans savoir s’il y aura quelqu’un pour la recevoir.
Dieu a l’audace de se retirer du ciel pour descendre dans la promesse du monde.
Le Dieu qui nous donne l’espérance, il n’est pas au-dessus, il est là en bas, au coeur du monde, avec nous. Il n’est pas derrière nous à nous retenir, il est devant à nous espérer. La foi, c’est ça : une espérance partagée avec Dieu… Cette espérance nous a été donnée au jour de notre baptême ; elle nous est renouvelée chaque jour. Pour que nous en vivions vraiment.
Amen
Frères et soeurs, depuis derrière nos portes fermées, ou entrouvertes, aujourd’hui, c’est d’une seule voix que nous pouvons proclamer le Royaume et dire ensemble : « Notre
Père… »
Que Dieu nous donne de voir notre prochain dans tous ceux que nous croisons, tous ceux aussi qui ont besoin du soutien de notre prière ou d’un geste d’amitié. Que Dieu nous ouvre les yeux et le coeur !

Frères et soeurs, soyez en paix ! Le Seigneur vous bénit et vous garde. Amen
A bientôt !

Pascale Renaud-Grosbras

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