Il y a un temps …

Saint-Malo, 19 mars 2020

Qoheleth chap.3, 1-11 :

Il y a un moment pour tout
et un temps pour chaque chose sous le ciel :
un temps pour enfanter et un temps pour mourir,
un temps pour planter et un temps pour arracher le plant,
un temps pour tuer et un temps pour guérir,
un temps pour saper et un temps pour bâtir,
un temps pour pleurer et un temps pour rire,
un temps pour se lamenter et un temps pour danser,
un temps pour jeter des pierres et un temps pour amasser des pierres,

un temps pour embrasser et un temps pour éviter d’embrasser,
un temps pour chercher et un temps pour perdre,
un temps pour garder et un temps pour jeter,
un temps pour déchirer et un temps pour coudre,
un temps pour se taire et un temps pour parler,
un temps pour aimer et un temps pour haïr,
un temps de guerre et un temps de paix.
Quel profit a l’artisan du travail qu’il fait ?
Je vois l’occupation que Dieu a donnée
aux fils d’Adam pour qu’ils s’y occupent.
Il fait toute chose belle en son temps ;
à leur coeur il donne même le sens de la durée
sans que l’homme puisse découvrir
l’oeuvre que fait Dieu depuis le début jusqu’à la fin.

Matthieu 6, 6 :

« Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

Ps 118,5 :

« Quand j’étais assiégé, j’ai appelé le SEIGNEUR : le SEIGNEUR m’a répondu en me mettant au large ».

***

Chacun est confiné chez soi. Du moins, pour ceux qui ne vont pas travailler, la boule au ventre parce que leur profession est jugée nécessaire voire vitale. Chacun est confiné chez soi et nous découvrons, un brin désemparés, le long étirement des journées. Il n’est plus possible de suivre le cours effréné de nos activités. De maintenir à flot un réseau social souvent bien tissé. Le silence s’est installé dans nos rues, on entend même quelques oiseaux.

Dans cet isolement, nous faisons face encore à de multiples injonctions. Tenir les horaires et assurer la continuité de l’enseignement scolaire des enfants. Télétravailler, même quand ça relève de l’absurde. Maintenir du lien. Il ne faudrait pas que ce temps-là devienne un temps « pour rien ». Et, sans savoir trop comment, les journées de nouveau se remplissent, la nature ayant horreur du vide. Chaque jour, à 17h, vous pouvez augmenter le taux vibratoire de la planète (puisqu’il paraît qu’il est très bas). À 18h, rejoindre le groupe de communion protestante. Attention à ne pas louper les applaudissements pour le personnel hospitalier à 19h (on pourrait faire ça toute l’année, ça ne serait pas dénué de sens). À 20h, rejoindre la prière mondiale lancée par le pape. Avec tout cela, il va falloir retrouver le bouquin sur le « miracle morning » (méthode de développement personnel qui consiste à se lever très tôt pour avoir enfin du temps pour soi) si on veut survivre à quelques semaines de confinement.

Pourquoi cette frénésie ? Ne sommes-nous pas un peu comme les Shadoks dont la devise m’arrache toujours un sourire : « Je pompe donc je suis ». Ou encore « Il vaut mieux continuer de pomper et qu’il ne se passe rien, plutôt que d’arrêter et qu’il se passe quelque chose de pire » ? Il me semble que cette agitation répond à la peur du vide. La peur du creux dans une société du trop-plein. La peur de disparaître, quand notre identité tient à nos réussites professionnelles, nos engagements associatifs, notre réseau relationnel, ou notre pouvoir d’achat.

Mais n’y aurait-il là, justement, une grâce à découvrir ? Retrouver le silence, l’intériorité, l’intime. Le découvrir non pas vide, mais plein. Plein de présence, d’imagination, de rêves étouffés, d’inaccomplissement, de questions sans réponses, de liberté … A la manière des enfants dont on dit souvent qu’il est bon qu’ils s’ennuient un peu, nous adultes nous pourrions aussi redécouvrir cela. Que cette décantation fait émerger l’essentiel, ce qui vraiment nous fait vivre et nous anime. Que nous sommes reliés les uns aux autres (et Internet n’y est pas pour grand chose). Qu’il est bon d’être vraiment présents à ses proches. Que nos existences ne tiennent pas à toutes ces injonctions auxquelles nous nous soumettons, mais bien à la grâce de Celui qui nous appelle à la vie.

Eléonore Léveillé

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